Partie 6 : Massif Mont Blanc Ouest – Est, épisode 1 : Bionnassay – Mont Blanc – 3 monts

On ne change pas une équipe qui gagne et après quelques jours de repos bien mérités aux Contamines, nourrie par Mathilde, au pois gourmand, sa petit grignotterie (que je vous conseille), je repars avec Steph, direction le col de Miage et le refuge Durier. Fidèles à l’éthique de ma traversée, on repart à pied de la où je me suis arrêtée, c’est à dire de La Gruvaz. On a un sacré dénivelé rien que pour monter au refuge : 2350m. Du coup, on part tôt, vers 5h30, pour profiter de la fraicheur et diminuer notre exposition aux chutes de pierres sur la fin de la montée.

La montée jusqu’aux chalets de Miage se fait sur une route carrossable dans la forêt. C’est que les gens « normaux » choisissent souvent l’option de prendre un taxi 4*4 pour s’économiser du dénivelé.

On arrive aux chalets de Miage à l’heure à laquelle les randonneurs du tour du Mont Blanc prennent leur petit déjeuner. C’est calme, c’est beau, ça donnerait presque envie de rester ! Mais non, pas aujourd’hui, on reviendra.

On continu notre chemin, direction le refuge de plan glacier (il paraît qu’on y mange super bien !).

Dans cette montée, je commence à sentir une douleur sur ma malléole externe à cause de ma chaussure. C’est que mes chaussures commencent à faire un peu la gueule ! Elles en ont vu de la montagne ! Je me disais justement qu’il serait peut être temps de les ressemeler ou de les changer.

Je sers un peu les dents en me disant que l’on n’en a pas pour très long jusqu’à plan glacier où on a décidé de faire la pause café. Mais je sens la douleur qui s’accentue de pas en pas. La poisse ! La journée de demain s’annonce très chargée et avec cette douleur au pied, je n’y arriverai jamais !

Vers 9h40, on se pose pour le café et je retire ma chaussure. J’ai un point super douloureux sur la malléole que je peux à peine toucher… La tige de ma chaussure doit être morte. On réfléchit à une solution mais on n’a rien prévu pour ce genre de pépin. Finalement, je me dis qu’en resserrant mes chaussures différemment, ça ira.

Après une belle pause, vu qu’on n’est clairement pas en retard sur le timing, on repart. Même pas 100m plus tard, la douleur devient presque insupportable et j’ai du mal à marcher. Je m’assois et on repasse mentalement tout ce qu’on a dans nos sacs. Mais moi je n’ai rien qui pourrait m’aider. Mais Steph me dit : « sors ton couteau » et me sort sa radio, emballée dans un bout de carré mat. Il me découpe un bout de mousse et me le tend en disant « tiens, prends ça et bricole toi une sorte d’attelle ». C’est qu’il est pleins de ressources le p’tit Steph. Je me bricole donc un patch en carré mat et en sparadrap, je prends une petite (grosse) dose d’antidouleurs et on se remet en route.

On descend vers le glacier de Miage que l’on traverse au pas de course vu les conditions et le risque de chute de pierres et on s’engage dans la dernière montée plus raide sur l’éperon qui mène au col où se trouve le refuge. Notre ascension se fait au bruit des chutes de pierres/rochers/blocs dans la face nord des Dômes de Miage. Mon pied me fait mal mais j’ai appris à gérer ce genre de désagrément et j’essaye de me concentrer sur autre chose. Entre autre sur mon ventre commence à crier famine !

On arrive aux alentours de 13h au refuge, accueillis par Manon, la gardienne qui nous propose de nous faire des pates aux diots pour le dej’ ! On est refaits !

Le refuge Durier est un tout petit refuge de 12 places, calés sur les rochers au niveau du col de Miage. Une boite de conserve, perchée à 3358m d’altitude, qui sent bon le pain et la brioche faits maison lorsqu’on rentre dedans.

Depuis le début de l’aventure Montagnes Sans Frontières, avec Steph, on s’amuse à se caler des chansons pourries dans la tête pour que ça y tourne en boucle. C’est à celui qui aura la chanson la plus relou à mettre dans la tête de l’autre. Manon rentre dans notre jeu et nous fait l’intégrale des inconnus toute l’après midi! Et elle a gagné, pendant la semaine qui a suivie, j’ai eu « c’est toi que je t’aime » en boucle sans arrêt !

« Moi je squatte à Juvisy, Et toi tu crèches à Neuilly, Notre rencontre c’était fatal, Ça s’est passé dans les Halles, Depuis je veux te revoir, Que je suis au désespoir, J’ai même plaqué toutes mes meufs, Toi tu me fais un effet bœuf, Y a pas plus gros que Monique, Qu’est caissière à Prisunic, Plus moche que Maïté

Qui travaille aux PTT ! Je sais pas comment te dire ce que je peux pas écrire, Faudrait que j’invente des mots qu’existent pas dans le dico ! C’est toi que je t’aime… vachement beaucoup ! »

Après une bonne mais courte nuit de sommeil, on se lève vers 2h30 pour le petit dej’. A cause des conditions en montagne et de la météo (chaleur et orage prévu dans l’après midi), on a décidé de partir plus tôt que l’horaire normal de cette course. Mais ce matin, le temps est couvert, il y a du brouillard et on ne voit pas à 20 mètres. On se laisse le temps du petit dej’ pour voir comment la situation évolue. Impossible de partir dans ces conditions. Finalement, vers 3h, ça se découvre un peu et on décide de partir.

J’ai toujours mon bout de carré mat’ scotché à ma malléole et je crois les doigts pour que ça le fasse ! Aujourd’hui la course va être longue et va nous faire traverser jusqu’à la Vallée Blanche en passant par l’aiguille de Bionnassay 4052m, le Dôme du Gouter 4304m, le Mont Blanc 4810m et si l’orage ne s’approche pas trop vite, par le Mont Maudit 4465m et le Mont Blanc du Tacul 4248m. Un beau voyage !

On est 3 cordées à partir du refuge. Steph et moi partons devant et on entame la montée des premières pentes sèches puis en neige qui nous mènent à la base de l’éperon rocheux de l’arête sud de l’Aiguille de Bionnassay. On escalade en restant le plus possible près du fil de l’arête pour rester sur du rocher plutôt sain. Il fait encore complètement nuit, et le brouillard vient et repart sans arrêt. Notre ascension se fait au bruit flippant d’éboulements réguliers ! Ça fait le même bruit qu’un éléphant qui rentrerait dans un magasin de porcelaine… Sauf que, ne voyant rien au delà du faisceau lumineux de nos frontales, on ne sait pas à quelle distance de nous ça s’écroule ! Dans cette ambiance fraiche et sonore, on continue à grimper. J’aime de plus en plus les courses d’arête !

Aux environs de 3900 m, on rechausse les crampons pour finir l’ascension rocheuse et la partie en neige. Le jour se lève doucement, c’est toujours couvert, jour blanc, on ne voit rien. Quand Steph s’arrête et se retourne vers moi et me dit : « ça est, on est au sommet de la Bionnassay », je luis répond « hein ? Quoi ? Déjà ? ». Ahah, aucun repère dans ce temps un peu pourri. Je n’avais même pas vu que ça ne montait plus !

Le vent s’est levé. Il fait froid mais en même temps, ça va pousser les nuages !

Du sommet, on commence la descente de l’arête NE vers le col de Bionnassay. Et quelle arête ! Elle est tellement effilée qu’on évolue chacun d’un coté. Point de vue sécurité, c’est pas mal au final, si il y en a un qui ripe d’un coté, l’autre peut facilement stopper la chute en étant de l’autre coté.

Une fois au col, on fait la pause casse croute, fromage-sauc’, pour changer, et on attaque la remontée vers le Piton des Italiens. Le temps se lève enfin et on découvre le panorama incroyable allant du refuge du Gouter, que je vois d’un nouveau versant, au Mont Blanc et à l’arête que l’on vient de descendre. Magnifique !

Au Piton des Italiens, on rejoint la voie italienne du Mont Blanc qui vient du refuge de Gonella. On file ensuite facilement jusqu’au Dôme du Gouter où il n’y a aucune trace. Trop beau !

Puis ensuite, la classique montée vers Vallot, puis l’arête des bosses qui mène au sommet du Mont Blanc. On arrive là haut vers 11h20 avec une belle éclaircie, il n’y a pas un chat, on a le sommet pour nous !

Sachant que des orages sont prévus pour l’après midi, on repart, sans trop tarder, en observant bien les nuages qui se forment au loin… et moins au loin ! Aïe, le ciel se charge et s’assombri un peu. On commence à douter d’avoir le temps de faire les 2 autres sommets à la descente.

On passe la seconde et on descend dans une neige fraiche. Arrivés au col de la Brenva, à la bifurcation pour partir sur le Maudit, le ciel devient de plus en plus menaçant. Pas la peine de prendre des risques inutiles, je reviendrai.

Au col du Maudit, on descend rapidement la pente, en relativement mauvaises conditions, grâce à la corde fixe placée là, puis on passe la rimaye par un étroit pont de neige. Au pas de course, on passe sous des séracs assez menaçants puis on s’engage dans la petite remontée pour arriver à l’épaule du Tacul. Plus on avance plus le ciel s’assombri ! On amorce la dernière descente vers la rimaye du Tacul en 4ème vitesse (en restant prudents évidemment). On la passe vite fait bien fait grâce à l’échelle en place.

En passant sous le refuge des cosmiques, il commence à grêler. Il nous faut remonter vite fait bien fait les 300m et quelques pour arriver dans l’Aiguille du Midi avant de se prendre l’orage sur le coin de la tronche. Arrivés la haut, il se met à grêler sérieusement ! Pile à temps.

Je suis un peu crevée ! Disons même bien lessivée ! Je regarde ma montre qui indique 2800m de dénivelé positif dans la journée… ceci explique cela ! Et au final, mon patch de fortune sur la malléole a bien tenu et les douleurs ont été largement supportables.

La météo des 2 jours suivants s’annonce mauvaise. Après ça devrait se calmer et revenir beau. Je laisse repartir Steph, je change de chaussures et j’attends Ryan pour l’ascension des 2 sommets que l’on a du sauter et pour poursuivre la suite du chemin.

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1 réflexion sur « Partie 6 : Massif Mont Blanc Ouest – Est, épisode 1 : Bionnassay – Mont Blanc – 3 monts »

  1. Merci Cat pour ces lignes magnifiques et ces photos qui ravissent l’oeil et font rêver. Nous nous sommes croisés au Carro fin août et j’ai un immense plaisir à te lire, dans le prolongement de cette rencontre d’un soir en refuge… Je te souhaite le meilleur dans tes belles aventures !

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