Partie 4 : Valais Ouest, épisode 2 : Val Ferret Suisse – Refuge d’Argentière

On se réveille le matin de ce 4ème jour, les cuisses un peu tendues !

Comme 2 jours avant, on a loupé le réveil que l’on avait mis assez tôt pour éviter la chaleur, et on part un peu après 9h. Direction la cabane de Saleinaz pour le déjeuner puis le bivouac de l’envers des Dorées pour la nuit.

Il fait déjà chaud ! La vache, l’été est bien là !

La montée commence par une randonnée sympa, dans les arbres, le long de torrents. Puis le chemin se raidit par la suite et se transforme en rando-ferrata.

Il fait hyper chaud, on essaye de monter régulièrement mais assez lentement. Et je dois bien l’avouer, physiquement, ça commence à tirer un peu. J’ai déjà passé la barre des 20.000m de dénivelé en cumulé avec quand même pas mal de distance. Ryan part un peu devant et arrive 5 min avant moi à la cabane de Saleinaz.

C’est un petit refuge, ancien, surplomband le glacier de Saleina. De là, on a une vue incroyable sur l’envers des aiguilles dorées, sur le Chardonnet et sur l’aiguille d’Argentière. C’est une vue à laquelle je ne suis pas habituée. Je suis plus habituée à voir l’autre coté, depuis la vallée de Cham et des Grands Montets. Magnifique.

On profite d’être là à l’heure du déjeuner, avec un gros appétit après 1300m de dénivelé montés, pour dévorer 2 grosses omelettes et 2 méga parts de tarte aux pommes faite maison. Super miam ! On en profite aussi pour prendre des infos sur les conditions en montagne pour passer le col du Chardonnet. Les gardiens ont une paire de jumelles et je passe un petit moment à scruter ce col. La rimaye de la fenêtre du Tour paraît super ouverte mais celle du Chardonnet semble ok. Le gardien nous dit qu’un guide est passé quelques jours auparavant. Un guide nous déconseille de passer là parce que l’été ça ne se fait pas vraiment. On décidera plus tard mais on étudie un plan B au cas où avant de continuer notre chemin.

Nous voilà repartis. On doit traverser le glacier de Saleina. La descente se fait sur un petit sentier puis se poursuit dans des éboulis pas très stables. On passe 2 moraines et on se retrouve sur la glace. Ce glacier est super beau. On prend un peu de temps à regarder les crevasses et les ruisseaux qui y serpentent. Une fois la rive gauche atteinte, on se lance dans la chasse aux cairns pour trouver le chemin jusqu’au bivouac. On nous a dit qu’il était impossible de le voir avant d’arriver presque dessus.

On ne doit plus être très loin quand il se met à pleuvoir. Le ciel s’est bien assombri, de gros nuages noirs sont accrochés aux sommets le long de la frontière. Sans trop hésiter, on presse le pas. On n’a pas franchement envie de se faire rincer. Seulement quelques minutes après, c’est bon, on y est.

On reste scotchés par l’aspect du bivouac. On leur décernerait bien 6 étoiles ! Il y a même une source juste devant. C’est superbe.

Le petit plus, des toilettes ! Ehehe, ça c’est le luxe. Avec le petit détail qui tue : des licornes sur le PQ.

La cabane est séparée en 2 : une partie sans réservation en accès libre, pour les gens comme nous, qui ont un peu du mal à prévoir les choses en avance, et une partie que l’on peut réserver. Un groupe de Suisses arrive peu après nous pour occuper cette partie. Ils avaient monté la demi meule de fromage et les patates et nous ont envahi avec une méchante délicieuse odeur de raclette. La vie est cruelle quand toi, tu manges un chili con carne lyophilisé ! Ahaha, c’est décidé, au prochain bivouac où c’est possible, on monte la fondue !

Au moins, ici, il fait bon, les couvertures sont récentes et les oreillers ont des petites taies à carreaux rouges et blancs. Ces Suisses ont quand même le sens du détail 🙂

La nuit, s’annonce reposante. J’en ai besoin.

Pas de chance, je n’ai presque pas dormi, je me lève avec une petite baisse de moral et j’ai toujours un sacré coup de pompe. Je sais qu’il nous reste encore un sacré bout avant de descendre sur Cham et j’essaye de me ressaisir ! Ryan essaye de me faire marrer et de me remotiver. Il essaye ! Le pauvre ! Je ne suis pas de super humeur.

On a décidé de partir assez tôt, sur le coup des 4h30, la chaleur annoncée et les conditions incertaines nous ont poussées à avancer le réveil.

Assez rapidement, malgré mon impression d’être un petit boulet aujourd’hui, on arrive sous les séracs de la face Nord de l’aiguille d’Argentière et bientôt sous le col du Chardonnet. Le ciel est nuageux mais à l’horizon, une petite ligne de ciel clair laisse apparaître la lumière rouge du lever du jour. Trop beau !

Le col n’est plus en neige et la qualité du rocher paraît assez mauvaise. Du coup, on décide de passer un peu sur notre droite par le col supérieur. On passe facilement de la neige au rocher en enjambant un trou de seulement une cinquantaine de centimètres. Finalement, c’est moins pire que ce qu’on s’imaginait ! Comme anticipé, le rocher est mauvais mais en prenant bien notre temps et en faisant attention à nos appuis, on passe. Ciao ciao la Suisse ! Un dernier coup d’œil vers le glacier de Saleina éclairé par le soleil rasant du matin et on descend du coté français dans un mélange de mauvais rochers et de terre sableuse. De ce coté la aussi, ça passe plutôt pas mal et le passage sur la neige se fait facilement.

Notre prochain objectif du jour est l’aiguille d’Argentière sur notre gauche. Il nous faut d’abord descendre un peu le glacier du Chardonnet pour passer sous l’éperon rocheux et remonter derrière sur le glacier supérieur. Arrivés là, je n’ai franchement pas la frite. On se pose la question de continuer à monter ou de descendre. Je vois Ryan, excité comme une puce à l’idée de continuer l’ascension. L’alpinisme, c’est comme la vie, il faut faire des compromis. Physiquement, je me sens bien. Alors j’essaye de refouler mes ondes négatives loin loin loin et je dis à Ryan « Ok, banco, on continue ». Lui est tout sourire et on reprend la montée. Vu du bas, la rimaye a l’air ouverte et difficile à passer. Mais au fur et à mesure du slalom entre les crevasses, on repère un passage et ça passe comme une lettre à la poste. Ouf !

Ensuite, il y a plusieurs couloirs devant nous et on doit choisir le « couloir en X ». Le topo dit qu’il faut prendre le couloir le plus évident une fois la rimaye passée. Ahahah la blague ! Pour nous, il n’y en a aucun de plus ou moins évident. Ils sont tous pareils. On s’engage dans celui un peu plus à droite qui a l’air de sortir là où nous avions repéré. Comme quoi, les topos laissent parfois beaucoup de place à l’interprétation !

Le bas du couloir est en bonnes conditions mais ça se gatte un peu plus haut. On passe un passage en glace pas trop trop mauvais puis un passage plus sec avec moins de glace et plus de cailloux qui bougent. Heureusement, on est bientôt en haut. Encore quelques mètres d’efforts et de serrage de fesses 😉

En haut, on se trouve un rocher bien gros et bien stable pour se faire une pause bouffe originale : saucisson – fromage. Ça faisait longtemps ! On prend le temps de blaguer un peu et je retrouve petit à petit le sourire.

En plus, pour une fois, on est un peu en avance sur notre timing prévu.

Plus qu’une pente de neige assez raide à remonter dans la face Nord et une petite arête de neige à suivre atteindre le sommet à 3902m.

Wahouh, la vue est splendide. Il fait chaud mais comme il n’est pas encore très tard, le ciel est toujours dégagé. On voit une bonne partie du Valais et une bonne partie du massif du Mont Blanc notamment les Grandes Jorasses qui s’imposent devant nous. Génial. On reste un petit moment là, à observer les couloirs et les faces que l’on pourrait descendre à ski. C’est sur, on reviendra cet hiver, le couloir Barbey n’a qu’à bien se tenir.

On descend par le glacier du milieu qui, par chance, est encore bien enneigé. Pas besoin de faire de rappel ni rien, ça passe crème. Bon, sauf la rimaye qu’il faut sauter, un petit saut de cabri certes mais quand même, je n’aime toujours pas les « saut de rimaye ». Vite fait bien fait, on rejoint le sentier qui mène au refuge d’Argentière. Youhouh, la partie 4 est terminée. Après 300km, et 26000m de dénivelé, je suis arrivée en France, à la force de mes jambes et de mes petits bras. Avec un peu d’émotion, on trinque avec une grande 1664 pas très fraiche qui me pousse vers une sieste bien méritée avant le diner. Je suis un peu épuisée.

Les gardiens du refuge sont géniaux. La gardienne arrive à retenir le prénom de tous les pensionnaires. Je suis impressionnée.

Pas super tard, toujours avant le coucher du soleil, je pars me coucher. J’ai besoin de récupérer avant d’attaquer la cinquième partie du périple. Avec les oreillers et les couettes d’ici, ça s’annonce bien !

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1 réflexion sur « Partie 4 : Valais Ouest, épisode 2 : Val Ferret Suisse – Refuge d’Argentière »

  1. Merci pour les photos
    Génial
    Une belle leçon du dépassement de soi !

    J'aime

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