Partie 4 : Valais Ouest, épisode 1 : le Dolent

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A Sembrancher, je retrouve Ryan, avec qui j’avais déjà fait la traversée Zermatt – Arolla. On a sorti les vélos pour l’occasion et l’idée de ce premier jour est de remonter jusqu’à La Fouly, point de départ pour l’ascension du Mont Dolent.

La météo s’annonce quand même bien pourrie mais on ne risque pas grand chose.

Je n’avais pas trop regardé la route et je m’attendais à une petite balade tranquille. Petite balade qui s’est avérée faire 22km et 960m de dénivelé positif avec une belle moitié sous la pluie.

Avec un bon mal de fesses (oui, le vélo, c’est pas encore vraiment ma spécialité), on arrive à la Fouly, un peu trempés.

Pas tout à fait remise de la traversée des Combins, on se couche tôt et on croise les doigts pour avoir une fenêtre météo un peu plus clémente pour le lendemain mais surtout pour le surlendemain pour nous permettre de faire le sommet et de redescendre sans être pris dans un orage.

Réveil calé à 6h30, lever à 8h. Normal. Notre idée était de monter tôt au cas où il y ait du monde au bivouac et d’arriver avant une potentielle averse ou un orage. Raté pour le lever tôt !

Départ vers 9h45. Un peu plus tard que prévu mais bon, je crois qu’on avait (que j’avais) vraiment besoin de dormir !

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On prend la direction du Col Ferret, frontière entre la Suisse et l’Italie, que l’on doit passer pour rejoindre le bivouac Cesare Fiorio où nous allons passer la nuit. La météo n’est pas géniale mais on y croit ! Au pire, on redescendra le lendemain sans faire le sommet…

On prend à peu près 3h pour monter les 1200m de dénivelé et arriver au bivouac. Et là, on a l’agréable surprise de voir que du coté italien, il fait bien plus beau ! Les vents poussent les nuages vers la Suisse et nous laissent un joli ciel bleu au dessus de nos têtes.

Finalement, on ne trouve personne au bivouac. Soit on est les premiers à arriver, soit on sera les seuls ! On a bien fait de partir plus tard que ce qu’on avait prévu !

Mais, il est quand même bien tôt, et ici, beeeeh, on n’a pas grand chose à faire ! Les activités sont bien limitées et il n’y a pas de réseau donc impossible de geeker sur nos téléphones non plus. Le bivouac est une petite cabane en bois recouverte de tôle pour isoler du vent et de l’humidité. Il y a une vingtaine de couchettes avec matelas et couvertures datant des années 70 (à vue de nez). Mais c’est plutôt propre et rangé, alors c’est cool !

Du coup, on commence par scruter cette montagne pour essayer de repérer des éventuelles traces de montée, sans trop de succès. Et puis à part, manger et faire la sieste, je m’affaire à recoudre tous les trous de mes gants et de mon pantalon. Et oui, j’avais prévu le fil et l’aiguille. Ahah, quelle organisation, n’est ce pas ? Mais bon, même si il y a un certain nombre de trous à raccommoder, ça ne m’occupe pas bien longtemps.

Au final, pendant cette traversée, j’apprends aussi à ne rien faire. Mon petit coté hyperactif a encore du mal à s’y faire. Enfin, dans un environnement comme celui là, avec cette vue, c’est pas pire ! Je passe un bon bout de temps à regarder tous les sommets autour, le glacier et les pentes environnantes et j’essaye de m’imaginer ce qui est « grimpable » en été et skiable en hiver !

Tout ça pendant que Ryan fait la sieste puis se réveille et refait la sieste.

Vers 17h30, je pars remplir tous nos containers d’eau à un des petits torrents en amont du bivouac et vers 17h45, c’est l’heure de la popote. Au menu ce soir, grande gastronomie à base de lyophilisés, une fois de plus.

19h, faute de trouver d’autres activités pour passer le temps, on part se coucher ! Au moins, ça nous fera une bonne nuit !

Le lendemain, on part vers 5h15 du matin, à la frontale. Le ciel est dégagé pour nous, nous sommes au dessus de la mer de nuage. La chance ! Quoi que le risque est de voir les nuages monter et nous boucher toute la vue. On commence par remonter les pentes en rocher en suivant les cairns que l’on arrive à distinguer dans la nuit. Puis on chausse les crampons, on s’encorde, on traverse un petit bout du glacier du petit Grapillon et on remonte le glacier de Pré de Barre jusqu’à la rimaye. Vu les températures en ce moment, le regel n’est pas terrible mais ça passe quand même pas trop mal. De temps à autre, on voit de vielles traces que l’on essaye de suivre plus ou moins.

La rimaye est quand même un peu ouverte mais passe bien. Par contre, il n’y a plus de pont de neige donc il faut descendre un peu dedans et remonter ensuite. Je ne suis pas une méga fan des rimayes mais celle-ci passe bien, on ne voit pas de vide abyssal dans lequel on pourrait s’imaginer tomber.

On continue dans la neige encore un peu, mais on commence vite à brasser. On s’enfonce jusqu’au dessus du genou. Heureusement, pas loin après, on peut rejoindre le rocher et continuer l’ascension par là. L’arête SE est bien sèche et se remonte assez facilement. Je commence vraiment à prendre le goût des courses d’arête et je m’y sens de plus en plus à l’aise. Le top.

Sur la dernière partie, pour atteindre le sommet, on se fait balayer par un vent du Nord-Est qui nous refroidit en un quart de seconde. Comme on le pensait, la mer de nuage est remontée et on n’a malheureusement pas la chance d’avoir la vue dégagée qu’on espérait. Mais, avec les nuages qui défilent, couvrent puis découvrent les vallées, ça donne une sacré ambiance.

On atteint ensuite le sommet du Mont Dolent, à 3823m: point de contact entre la France, la Suisse et l’Italie.

C’est fou de réaliser que, nous, en une journée, on peut avoir le luxe de traverser des frontières sans risquer notre vie et passer, en une seconde, d’un pays à un autre…On est quand même sacrément chanceux ! On a la chance de vivre dans un pays en paix, avec un système de santé qui fonctionne et une éducation gratuite et performante où plus de 99% des jeunes femmes sont alphabétisées. D’autres n’ont malheureusement pas autant de chance. C’est certainement une déformation professionnelle, mais ce genre d’endroit me fait penser à ça, au fait que l’on ne devrait pas oublier notre situation privilégiée et que l’on ne devrait pas fermer les yeux sur la détresse des êtres humains qui ne sont pas aussi chanceux.

Ce sommet est aussi un merveilleux belvédère duquel on voit tout le bassin d’Argentière du coté de Chamonix. Enfin quand les nuages se dégagent un peu. Après un mois de périple en montagne entre Suisse et Italie, je suis super contente d’apercevoir la France. Dans quelques jours on y sera et je vais pouvoir me poser un peu, voir les potes et trainer dans une ville que je connais déjà. L’aventure, c’est bien, mais bizarrement, je me suis rarement sentie aussi loin de chez moi malgré la proximité géographique.

Sans trop tarder, on amorce la descente qui s’annonce longue puisqu’on redescend jusque La Fouly puis Praz de Fort.

C’est avec les pieds en feu et les genoux douloureux que l’on arrive à La Fouly en début d’après midi. On n’a croisé personne depuis la veille. Drôle d’impression que d’avoir la montagne que pour nous !

Arrivés la, on se mange une glace, puis une deuxième, puis un paquet de cacahuètes et on se descend 2 litres de thé froid… Il me semble bien qu’on était un peu en hypoglycémie et déshydratés !

Après cette pause bien méritée, je me laisse glisser en vélo jusqu’à Praz de Fort, d’où on part le lendemain, 4ème jour de cette partie 4.

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