Partie 3 : Le « bas » Valais, épisode 1 : Arolla – Bourg Saint Pierre

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Ainsi commence la troisième partie de cette traversée des Alpes occidentales. Cette fois ci encore, je change de partenaire de cordée et je pars avec Giovanni.

Gio a créé Blue Ice, une start-up de l’outdoor. Il est Italien, passionné de montagnes et Blue Ice est clairement le projet de sa vie !

Blue Ice, c’est une marque de matériel de montagne qui a une vision simple et efficace pour la conception de ses produits.

« Au croisement de la tradition et de la modernité, revenir ensemble à l’essentiel c’est-à-dire à des produits simples, robustes et efficaces. Ces produits, nous les concevons nous-mêmes à Chamonix avec l’ambition d’en faire des outils robustes et sans fioritures. Bref, des produits appelés à durer. »

N’hésitez pas à visiter leur site, ça vaut le détour !

C’est toujours génial d’aller en montagne avec des gens passionnés. Je ne sais pas comment l’expliquer, ça se ressent, on n’est pas là par hasard ! On peut aborder les sports de montagne avec un angle différent mais, au sommet, on ressent la même émotion et on a automatiquement ce sourire béat qui se greffe à notre visage. Peu importe la difficulté de la course, le principal pour les passionnés comme nous, c’est de vivre des moments uniques et de les partager, parfois timidement, avec notre compagnon de cordée.

Enfin voilà, en ce 11 juillet, il fait beau, il fait chaud et nous partons d’Arolla pour monter à la cabane des Vignettes. Aujourd’hui, ce n’est pas une journée technique, mais une jolie randonnée pour monter les 1200m de dénivelé positif qui nous séparent du refuge.

La chaleur qu’il fait à Arolla, nous motive encore plus à monter prendre la fraicheur au dessus des 3000m et un petit vent frais nous accompagne, ça fait plaisir, les conditions sont au top.

Cette rando suit un très joli sentier avec vue sur le glacier de Tsijiore Nouve, puis rejoint le glacier de Pièce qu’il nous faut remonter pour atteindre le col des vignettes où est posé le refuge à 3160m.

En chemin, on ne croise pas grand monde à part des chamois et des marmottes. Le pied.

En 3 petites heures on est en haut, ce qui nous laisse le temps de faire la sieste au soleil, d’observer le magnifique panorama à presque 360° et de bouquiner.

En parcourant un livre sur la haute-route (très beau livre que je vous conseille d’ailleurs), j’ai trouvé l’explication du pourquoi la cabane de Bertol, dont je parlais lors de mon récit précédent, était posée sur ce rocher. Et j’ai adoré l’explication !

« Nous voulons placer le refuge bien haut, sur un rocher escarpé, où l’alpiniste amateur ne puisse parvenir qu’après avoir sué, peiné et senti passer en son corps épuisé un petit frisson de détresse ».

Ahahah, voilà voilà, en 1917, ils étaient déjà chauds patates !

Avant le diner, je m’isole un peu derrière le refuge, pour profiter de cette vue splendide. Je me sens toute petite face à cette immensité de roches, glace et neige. C’est fou, ça me donne l’impression de ne plus être dans le même espace temps. Comme si tout allait plus lentement, ou bien encore comme si le temps s’était figé quelques minutes. Rester là sans penser à rien, juste en profitant d’être ici, à cet instant, c’est pour moi comme une sorte de méditation.

Un peu plus tard, j’entends, les gens qui s’agitent, le temps reprend son rythme normal et je comprends vite que c’est l’heure de manger ! Alors, à table, mon estomac me pousse à ne pas louper la soupe 😉

Vers 21h, on part dormir, et je croise les doigts et les orteils pour ne pas avoir de ronfleur dans notre dortoir. Le réveil sonnera vers 4h15, petit dej’ prévu à 4h30. Je crois que ça y est, j’ai pris le rythme des réveils (très) matinaux. Bon, je n’irais pas jusqu’à dire que je suis fraiche et pimpante au réveil, mais déjà je me réveille et c’est déjà pas mal vu mon coté marmotte bien prononcé.

Le petit dej’ aux Vignettes, c’est pas une blague ! Œufs brouillés, bacon, confiture, pain, beurre… baaaam de quoi bien se remplir le ventre. Génial.

5h15, nous voilà partis à l’assaut du Pigne d’Arolla. Encore un lever de soleil incroyable. Je me demande si un jour je me lasserai de voir ça.

Je repense à ma copine Emily, qui était avec moi en mission avec MSF au Malawi et qui essayait de me convaincre (sans succès) de regarder le lever de soleil sur la montagne Mulanje parce que c’était, pour elle, le meilleur moment de la journée. Si seulement je l’avais écouté !

Après un petit passage sur de la glace, on arrive au sommet du Pigne, à 3790m, un peu avant 7h. On voit le Cervin, la Dent Blanche, l’Obergalbelhorn, le massif du Mont Rose tout au fond (mon point de départ) et de l’autre coté, notre 2ème sommet du jour, le Mont Blanc de Cheilon. Grande classe.

 

Sans trop tarder, on repart direction le col du Brenay en suivant la trace. Arrivés là, l’itinéraire n’est plus tracé mais il est assez évident et nous passons par le dessus du mur de la serpentine, passons facilement la rimaye pour rejoindre le col de la serpentine.

La montée au sommet d’hiver du Mont Blanc de Cheilon, 3819m, est une pente de neige qui se remonte facilement et rapidement.

De là, on redescend de quelques mètres pour découvrir la suite de notre itinéraire pour atteindre le « vrai » sommet. Bon, en toute franchise, on ne s’attendait pas tellement à ça. Pour rejoindre l’arête Est, on doit d’abord traverser des éboulis bien pourris et instables pour contourner le gendarme qui nous sépare du petit col. Ce n’est pas très compliqué techniquement mais ce n’est pas très stable alors ça demande un minimum de concentration.

Une fois arrivés la, Gio me laisse continuer en tête pour grimper le ressaut de l’arête. C’est top, je prends mon pied. Bon, le rocher n’est pas le meilleur que j’ai jamais vu, mais à part la partie plus claire que l’on voit sur la photo, ça passe bien et ça se protège correctement.

A un moment, je suis prise d’un doute quand même sur l’itinéraire que je m’étais fixé. Mais 2 vieux pitons et 1 mousqueton perdu confirment que nous sommes sur le bon chemin. On sort de la dernière cheminée sur le sommet. Toujours avec le soleil et presque pas de nuage. C’est génial.

En suivant, on amorce la descente par l’arête SW de la voie normale pour prendre pied sur le glacier sous les pentes NE de la Ruinette. On passe au dessus des séracs et d’un joyeux bordel de crevasses pour finalement (enfin) rejoindre le col du Mont Rouge sous une belle chaleur !

Là, la pause s’impose. J’ai faim, j’ai hyper soif, j’ai plus trop de jus ! Bref il est temps de faire un arrêt au stand et de faire le plein !

Après un classique pain/fromage/saucisson/pompotte, on finit l’eau qu’il nous reste. Arf, on est à sec… Et on n’est clairement pas arrivés ! Pas grave, on se remet en route en se disant qu’on trouverait bien une cascade, un lac ou un torrent où faire le plein.

On passe le col de Lire Rose en traversant des névés tout mous.

Après une belle distance sur le sentier, on fait un stop pour remplir notre eau parce qu’on n’est pas encore arrivés… c’est long !

Enfin arrivés au refuge, la cabane de chanrion, je retire mes chaussures et mes chaussettes à la vitesse grand V… tellement vite qu’une chaussette tombe dans les orties … Aller, c’est cadeau pour aller la rechercher !

Encore une journée où on n’a pas été dérangés par la foule : on a croisé personne sur le Pigne, on a dépassé une cordée en montant au sommet d’hiver puis vu personne jusqu’au sentier redescendant sur le refuge. Du luxe pour belle journée comme celle la.

Le lendemain, on avait prévu de traverser jusqu’à la cabane de Valsorey puis Bourg Saint Pierre par le glacier du Mont Durand, le col du Sonadon et le plateau du couloir. Une longue journée de plus de 20km avec un passage visiblement très exposé aux chutes de pierres sur lequel nous avons eu beaucoup de mal à avoir des infos.

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On prend donc des infos auprès du gardien du refuge, ancien guide de haute montagne. Et là, disons qu’il se montre plutôt catégoriquement dissuasif : le plateau du couloir est un toboggan à pierres et pas des petits cailloux hein ! Des pierres ! D’après son expérience, y passer après 9h du matin, serait s’exposer à un risque non négligeable de se faire prendre pour une quille de bowling par un rocher dévalant les pentes sud des combins.

Ah…. Mmmmm… ok ! On fait vite le calcul, même avec un départ à 4h, impossible pour nous de passer là-bas avant 9h. Alors, n’ayant toujours pas dans nos projets d’avoir un accident, on décide, sans trop hésiter d’envisager un plan B.

On se pose donc tous autour de la carte et malheureusement, il n’y pas 1000 plans B possibles et tous sont super longs. On opte donc pour l’itinéraire du tour des combins par l’Est, en version express. Enfin, ça c’était le plan initial.

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Après une bonne nuit, on se met en route vers 5h en se disant qu’on en avait pour 11-12h et une bonne trentaine de kilomètres.

On arrive le long du lac de Mauvoisin avec le lever du jour. On remonte vers La Lia, puis la Pierre à Vire, puis le col des Otanes. On redescend ensuite vers le glacier de Corbassière qui nous offre une vu exceptionnelle sur les Combins puis on rejoint la cabane de Panossière. Déjà 16km et 1300m de dénivelé avalés en 5h30. Du coup, on fait une bonne pause et on se motive en se disant qu’on a du faire un peu moins de la moitié du chemin.

Eheheh mais non ! Quand je demande au gardien de la cabane combien de temps on devait compter jusque Bourg Saint Pierre, il me répond : « en combien de jours ? ». Euuuuh : « Bah, un ! ». Il se met a rire et me dit : « mais vous venez d’où ? », moi : « Bin, de Chanrion », lui : « et vous voulez aller jusque Bourg Saint Pierre ? », moi, naïvement « oui, c’est l’idée », lui : « Mais ma p’tite demoiselle, vous voulez faire ce que les gens font en 3 étapes en 1 journée…d’ici, à votre rythme, vous en avez bien encore pour 9h ! », moi : « ah….ah ouais quand même ».

Je retourne voir Gio, lui raconte ma discussion et je sens un début de désespoir dans son regard. Il me dit « Attends, on va encore regarder la carte ». Ahahah, c’est rigolo ces moments la où on croit qu’on va trouver un chemin qui va nous faire couper au milieu de la montagne, tout en étant à plat et pas galère à trouver. On y croit toujours, mais, à chaque fois, on est ramené à la réalité : il n’y a pas d’autre chemin plus court ou plus facile. On s’est mis dans ce chantier, va falloir continuer.

On repart en se disant qu’on fera une pause à la prochaine cabane… 9km plus tard. Et la… on trouve un panneau qui indique « Bourg Saint Pierre, 6h ». Et biiiiimmmm ! Quoi ?!? Encore 6h, soit, à vu de nez, une bonne quinzaine de kilomètres. Arf, dur ! Il est 12h30, après ces 25km en montagne, on a faim et la cabane cuisine des röstis. Il nous faut bien ça pour réfléchir à ce qu’on veut faire. On a mal aux pieds, on est quand même un peu claqués et on a 2 options : (1) en 5h, continuer jusqu’à Bourg Saint Pierre coûte que coûte quitte à se ruiner complètement les pieds et le dos (le sac commence à bien peser !) ou (2) en 2h, descendre à Lourtier et abandonner la dernière partie du chemin.

A contre cœur, mais pensant à la suite de mon périple, on choisit l’option 2 et on amorce la descente, qui sera, très honnêtement, quand même bien douloureuse.

Même si, cette fois ci, l’objectif final n’a pas été atteint, on a passé 3 jours superbes en montagne, parcouru 49km et monté 3850m de dénivelé. Tout ça dans la bonne humeur.

Gio, tu reviens quand crapahuter là haut avec moi ?

bilan4

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